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Vendée globe

33ème jour de course.
Mauvaise nouvelle en ce 33e jour de course. Privé de ses ordinateurs de bord, Fabrice Amédéo ne peut plus continuer en toute sécurité son périple autour du monde. Il fait route vers Cape Town en Afrique du Sud, et vient d’annoncer son abandon.
Dans un message transmis à son équipe, il a déclaré : « Mon bateau va bien mais depuis hier il est aveugle. Suite à un nouveau problème d’ordinateur, je ne peux plus télécharger les fichiers météo, calculer la trajectoire optimale la plus rapide possible mais aussi parfois la plus sage possible. Face à cet obstacle irrémédiable sur ma route, deux options : arrêter ici mon Vendée Globe ou continuer. Je veux pouvoir naviguer selon un principe qui a toujours été le mien : en bon marin et en ayant le sentiment de maîtriser ma sécurité et celle de mon bateau. J’ai donc décidé d’arrêter à Cape Town mon Vendée Globe. C’est une décision qui a été difficile à prendre mais que j’assume ».
Sur le chemin du cap Leeuwin, Charlie Dalin doit commencer à sentir le souffle de ses rivaux qui déboulent derrière lui. On ne connaît pas les raisons du fort ralentissement d’Apivia ces dernières 48 heures. Ce qui est certain, c’est que le N°1 de ce Vendée Globe, indétrônable depuis trois semaines, est en train de se faire rattraper. En l’espace d’une journée, il a vu son avance fondre de moitié.
Thomas Ruyant (LinkedOut) n’est plus qu’à 99 milles de son tableau arrière. Et Yannick Bestaven (Maître CoQ IV), l’homme le plus rapide de cette journée avec ses 19/20 nœuds de moyenne, n’accuse plus que 120 milles de retard. C’est un beau duel que nous livrent les bateaux Apivia et LinkedOut !
Juste derrière eux, la régate est passionnante pour les poursuivants qui ont eux aussi sorti la hache de guerre. Dutreux, Le Cam, Burton, Seguin et Herrmann se tiennent en 30 milles, ce qui est très serré à ce stade de la course.

40ème jour de course.
Ça continue de bouger en tête du Vendée Globe. Dans la nuit de jeudi à vendredi, Charlie Dalin, après de multiples soucis mécaniques sur son bateau, a repris la deuxième place à Thomas Ruyant. Devant eux, Yannick Bestaven mène toujours le bal mais notre trio de tête se trouve dans une zone de creux et avance au ralenti. En effet, le podium de tête n’avance pas très vite car il se trouve bloqué dans une zone sans vent. Les trois bateaux peinent à dépasser les dix nœuds. Pire encore pour le leader Bestaven, ce dernier patine carrément à 5,5 nœuds… Heureusement que leur avance sur les poursuivants était conséquente, ils ne sont donc pas vraiment menacés par le groupe des cinq poursuivants, toujours mené par Jean Le Cam.
Charlie Dalin semble bel et bien avoir laissé ses récents problèmes derrière lui après l’avarie de son système de foil bâbord. Celui-ci a remis les gaz et a laissé Thomas Ruyant dans son rétroviseur. Même si le skippeur havrais fait face à un manque de vent comme on vient de l’expliquer, il semblait pourtant content des conditions de navigation et d’une météo plus clémente, comme il l’a expliqué au dernier pointage « Quelques heures après avoir franchi la frontière entre l’Océan Pacifique et l’Océan Indien, tout s’est assagi. Comme s’il y avait une vraie barrière… »
En ce qui concerne l’arrière de la course, jusqu’ici ils étaient cinq. Ils se tiraient la bourre dans un mouchoir de poche à l’échelle planétaire. Il y avait véritablement que 60 milles nautiques entre les bateaux ! Mais ils ne seront bientôt plus que quatre. En effet, Louis Burton n’a pas eu d’autres choix que de s’abriter près de l’île Macquarie (petite île située entre l’Australie et l’Antarctique, dans l’Océan Indien) pour procéder à des réparations. Jean Le Cam​ est toujours en tête du reste du groupe composé de Boris Hermann, Benjamin Dutreux et Damien Seguin.

52ème jour de course.
Si Yannick Bestaven toujours en tête de la course, ne creuse pas plus l’écart vis-à-vis de ses poursuivants, c’est bien parce qu’il a dû enchaîner les empannages. Pour un voilier, ce sont de multiples changements de bords qui consistent à changer d’amure en passant par le vent arrière. Cette manœuvre se propage aussi le long de la Zone d’Exclusion Antarctique (ZEA). L’arrivée d’une nouvelle dépression australe avant le cap Horn, risque de fortement chambouler la hiérarchie en tête. Certes Charlie Dalin devrait conserver son siège de dauphin, mais Damien Seguin, actuellement troisième, reste dans le collimateur de Thomas Ruyant ! Le passage du détroit de Drake programmé pour la fin de semaine s’annonce plein de rebondissements…
La dépression devrait intéresser les leaders. En effet, celle-ci va provoquer une rupture au sein de la tête de flotte puisque la « langue » de brise qui va dévaler vers le cap Horn, va ralentir les chasseurs qui eux arriveront avec un flux de Sud-Ouest glacial mais modéré, quand les premiers skippeurs devront gérer un flux de Nord-Ouest en avant de cette perturbation, qui devrait atteindre plus de 35 nœuds…
Il faut donc s’attendre à quelques chamboulements hiérarchiques d’ici la Patagonie, car entre bascules de vent et molles, empannages et recadrages, ralentissements et accélérations, le peloton ne va pas vivre les mêmes instants. D’ailleurs la tête de flotte semble imploser derrière le leader Yannick Bestaven, qui suit son « bonhomme » de chemin sur une route plutôt Sud à une bonne cinquantaine de milles de la Zone d’Exclusion Antarctique.

63ème jour de course.
Après une descente de l’Atlantique et la traversée complète de deux autres océans, Charlie Dalin, Damien Seguin et Thomas Ruyant, alors respectivement 2e, 3e et 4e du Vendée Globe, se tenaient en à peine deux milles au dernier pointage.
Une situation loin d’être isolée sur cette édition de la course. En effet, les épisodes de chasse, les regroupements et les bords à bord en tête de flotte ainsi que dans le groupe des poursuivants, n’ont fait que de se succéder lors de cette course. Jean Le Cam rigolait presque de cette navigation en peloton au beau milieu du Pacifique : « Avec le groupe, on ne peut pas se quitter. C’était un pacte qu’on a fait. Damien (Seguin) s’est barré un peu mais on va revenir un peu sur lui je pense. Parfois, il y en a un qui s’énerve. Benjamin (Dutreux), il s’énerve de temps en temps, il prend les devants. Alors, je l’appelle, et je lui dis : « Benjamin, c’est quoi le pacte qu’on a fait ? Ça ne va pas ou quoi, tu prends tes aises, à ton âge ! Tu reviens par ici. On a un pacte. » »
A l’heure où les skippeurs remontent sur l’Océan Atlantique, la fatigue se fait ressentir. C’est difficile de jouer contre-nature, quitte à faire un petit somme pour retrouver des forces en vue de manœuvres à venir. De toute façon, si les marins ne vont pas vers lui, c’est Morphée qui vient à eux. Par exemple, Yannick Bestaven en sait quelque chose : le leader du Vendée Globe s’est endormi en oubliant de mettre son réveil. Coup de bol puis coup double, puisque dans cette affaire, il a repris 40 milles à Charlie Dalin, ainsi que quelques forces.
En ce qui concerne l’arrivée aux Sables d’Olonne, le stress est d’autant plus grand que l’est le peloton de ce Vendée Globe, où d’ici la fin de la remontée de l’Atlantique, on peut très bien passer de la 4e à la 10e place, ou inversement. L’exemple de Louis Burton est saisissant. Il était 11e la semaine dernière, le voilà désormais en bonne position pour s’introduire dans le top 4.
Le sprint final s’annonce tendu et l’arrivée de ce Vendée Globe 2020 s’annonce très serrée.

74ème jour de course.
Après 73 jours de course, le suspense est plus que jamais présent en tête de la course pour savoir quel skippeur va remporter cette édition 2020 du Vendée Globe. Si Charlie Dalin et Louis Burton sont toujours en tête, ce ne sont pas moins de neuf skippers qui se tiennent en moins de 350 milles ! Les cinq premiers du classement se tiennent même seulement en 178 miles !
En première position, on retrouve Charlie Dalin, à 2467 milles de l’arrivée, suivi par Louis Burton, à 119 milles du leader, puis de Thomas Ruyant à 125 milles du leader, suivi de très près par Boris Hermann à 132 milles du leader et enfin Damien Seguin à 178 milles du leader.
Le directeur de la course, Jacques Caraës s’est exprimé sur la fin de celle-ci : « Je crois qu’on aura forcément une arrivée groupée. On a la chance de pouvoir envisager plusieurs arrivées en moins de 24 heures. Et du coup ça va donner aussi beaucoup de piment à ces arrivées puisque rien ne sera joué. Il y a aussi l’histoire des temps compensés à l’arrivée. On va vivre une arrivée de Vendée Globe un peu inédite » conclut-il.
Comme vous le voyez plus haut, Charlie Dalin est toujours en tête de la course avec une avance de 120 milles nautiques sur le revenant Louis Burton. Ça c’est pour le classement officiel. Car dans la réalité il semblerait que ce soit Louis Burton qui mène le bal. En effet, le double vainqueur de la Solitaire et vainqueur de la Route du Rhum 2018 s’est exprimé et a décrypté cette subtilité. Les propos de Yoann Richomme sont les suivants : « On a tous l’impression sur la carto que Louis Burton est en tête, mais en fait, le classement dit, dans ce cas, que c’est Charlie Dalin. Forcément, c’est bizarre. Il faut expliquer que le groupe de tête va avoir un détour à faire pour rentrer, et ce détour les envoie dans le milieu de l’Atlantique avant de mettre le clignotant à droite vers l’Europe. Le mieux est donc de regarder qui est le plus avancé vers le Nord pour avoir une véritable idée du classement, et ne pas se fier au décalage Est-Ouest ». Partant de là, pour Yoann Richomme, il ne fait aucun doute que le leader réel à l’heure actuel est Louis Burton.
Maintenant que tous les skippeurs en ont terminé avec le « Pot au Noir », cette zone piégeuse de convergence intertropicale où les vents sont très compliqués à appréhender, la flotte devrait vite accélérer la cadence. En effet, les alizés de l’hémisphère nord devraient désormais pousser tout ce beau monde à des vitesses dépassant les 20 nœuds. L’arrivée aux Sables d’Olonne se rapproche à grands pas.

VEAU Antoine